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Enfant qui se noie : que faire dans les premières secondes

Noyade enfant : les bons gestes dans le bon ordre. 5 insufflations, RCP selon l'âge, appel aux secours. Protocole Croix-Rouge et Santé publique France.


Une noyade chez l'enfant est une urgence hypoxique : le cerveau commence à souffrir sans oxygène en 4 minutes, et les lésions deviennent irréversibles autour de 6 minutes.

La noyade tue en silence. Un enfant ne crie pas et ne se débat presque pas : il coule sans bruit. En 2025, 57 enfants et adolescents sont décédés par noyade en France entre juin et septembre, contre 39 l'année précédente, selon le bilan épidémiologique de Santé publique France. Dès que l'enfant est sorti de l'eau, chaque seconde compte. Voici le protocole complet à suivre, étape par étape.

L'essentiel :

  • Sortir l'enfant de l'eau, appeler le 15 ou le 18 immédiatement.
  • Commencer par 5 insufflations, puis enchaîner 30 compressions / 2 insufflations sans s'arrêter.
  • Ne jamais suspendre l'enfant par les pieds, ne jamais tenter de le faire vomir.

Pourquoi chaque seconde est déterminante

Sans oxygène, les premières lésions cérébrales apparaissent autour de 4 minutes. Au-delà de 6 minutes, elles deviennent généralement permanentes, selon L'Espace des sciences.

En 2025, la proportion de noyades mortelles chez les 13-17 ans a atteint 30 %, contre 13 % sur la même période en 2024. Cette aggravation illustre à quel point l'absence de gestes dans les premières minutes change le pronostic.

La bonne nouvelle : la réanimation cardio-pulmonaire est accessible à tous. Elle s'apprend en quelques heures. Et pratiquer les bons gestes, même imparfaitement, vaut toujours mieux que ne rien faire.

Étape 1 : Sortir l'enfant de l'eau

Retirez l'enfant de l'eau aussi vite que possible, sans vous mettre vous-même en danger. Si la profondeur le permet, entrez dans l'eau. Sinon, tendez un bras, une serviette ou une perche. Ne plongez que si vous êtes bon nageur et que personne d'autre ne peut intervenir.

Ne perdez pas de temps à tenter de "vider" ses poumons dans l'eau. Posez l'enfant à plat sur une surface ferme, sur le dos.

Étape 2 : Alerter les secours sans attendre

Criez pour alerter les personnes autour de vous. Si quelqu'un est présent, demandez-lui d'appeler le 15 (SAMU), le 18 (pompiers) ou le 112 pendant que vous commencez les gestes de réanimation. Si vous êtes seul, activez le haut-parleur et appelez avant de démarrer.

Donnez au régulateur : votre localisation précise, l'âge de l'enfant, son état de conscience, et ce que vous avez déjà entrepris. Restez en ligne si possible.

Étape 3 : Évaluer la conscience et la respiration

Penchez-vous sur l'enfant. Appelez-le, touchez-le à l'épaule. S'il ne répond pas :

Basculez légèrement sa tête en arrière pour ouvrir les voies aériennes. Chez le nourrisson, le mouvement est minimal : le nez doit pointer vers le plafond sans que la tête soit trop projetée vers l'arrière.

Regardez sa poitrine, écoutez et sentez son souffle contre votre joue pendant 10 secondes au maximum.

  • S'il respire normalement : placez-le en position latérale de sécurité (PLS) et attendez les secours en restant auprès de lui.
  • S'il ne respire pas ou respire de façon anormale : démarrez immédiatement la réanimation.

Étape 4 : Les 5 insufflations initiales

C'est la spécificité absolue de la noyade par rapport à un arrêt cardiaque classique. La Croix-Rouge française et les recommandations ERC 2025 préconisent de commencer par cinq insufflations, car l'arrêt chez l'enfant est presque toujours d'origine respiratoire. Il faut réoxygéner avant tout.

Comment faire :

  1. Pincez une narine de l'enfant (ou, pour un nourrisson, couvrez nez et bouche à la fois avec votre bouche).
  2. Soufflez doucement, pendant environ 1 seconde, en regardant la poitrine se soulever.
  3. Relâchez et laissez l'air ressortir.
  4. Répétez 5 fois.

Si la poitrine ne se soulève pas, repositionnez la tête et réessayez. Vérifiez rapidement la bouche si quelque chose obstrue visiblement les voies aériennes, mais n'introduisez pas les doigts à l'aveugle.

Étape 5 : La réanimation cardio-pulmonaire (RCP)

Après les 5 insufflations, enchaînez immédiatement les cycles de RCP sans vous arrêter :

30 compressions thoraciques, puis 2 insufflations. Répétez jusqu'à l'arrivée des secours ou jusqu'à ce que l'enfant respire normalement.

La technique de compression selon l'âge

La méthode varie avec la taille de l'enfant, selon les recommandations de Medisafe :

ÂgeTechniqueProfondeurRythme
Nourrisson (moins de 1 an)2 doigts sur le sternum4 cm environ100-120/min
1 à 8 ansPaume d'une seule main5 cm environ100-120/min
Plus de 8 ansDeux mains (comme l'adulte)5 à 6 cm100-120/min

Pour trouver le bon rythme (100-120 bpm), pensez mentalement à "Stayin' Alive" des Bee Gees. Ce repère est utilisé dans les formations de secourisme.

Appuyez sur le bas du sternum, pas sur le ventre. Laissez la poitrine revenir complètement entre chaque compression. Ne vous arrêtez pas, sauf pour les 2 insufflations.

Étape 6 : Quand l'enfant reprend conscience

Si l'enfant recommence à respirer normalement, placez-le en position latérale de sécurité (PLS). Cette position maintient les voies aériennes ouvertes et évite les risques de vomissements, fréquents après une noyade.

Couvrez-le pour prévenir l'hypothermie. Ne lui donnez rien à boire ni à manger.

Même s'il semble récupéré, il doit être examiné par un médecin. Une noyade peut provoquer des complications pulmonaires dans les 24 heures qui suivent, parfois appelées "noyade secondaire" : de l'eau résiduelle dans les poumons crée une inflammation qui gêne la respiration de façon retardée. Tout enfant ayant été inconscient ou en arrêt respiratoire doit passer aux urgences.

Ce qu'il ne faut absolument pas faire

Quatre erreurs à éviter, citées par Assurance Prévention :

  • Suspendre l'enfant par les pieds pour faire sortir l'eau : c'est une idée reçue, elle fait perdre un temps critique.
  • Tenter de le faire vomir : cela risque d'obstruer ses voies respiratoires.
  • Attendre de voir s'il "se remet tout seul" avant d'appeler les secours.
  • S'arrêter de réanimer avant l'arrivée des secours, sauf si l'enfant respire normalement.

Se former pour être vraiment prêt

Ces gestes s'apprennent sur mannequin. Une session PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1) dure environ 7 heures et permet de les pratiquer dans de bonnes conditions. La Croix-Rouge française organise des formations dans toute la France.

Pour aller plus loin sur la prévention des accidents domestiques, notre guide sécurité des enfants à la maison couvre l'ensemble des risques. Notre article sur les 6 urgences domestiques à gérer détaille d'autres gestes clés. Si votre enfant a accès à une piscine, lisez notre dossier complet sur la sécurité piscine enfant. Et pour les nourrissons, retrouvez le protocole spécifique dans notre article sur bébé qui s'étouffe.

FAQ

Combien de temps a-t-on pour réanimer un enfant après une noyade ?

Les premières lésions cérébrales apparaissent après environ 4 minutes sans oxygène. Au-delà de 6 minutes, elles deviennent généralement permanentes, selon L'Espace des sciences de Rennes. Agir dans les 2 premières minutes après la sortie de l'eau est déterminant pour le pronostic neurologique de l'enfant.

Faut-il vraiment commencer par des insufflations avant le massage cardiaque en cas de noyade ?

Oui, et c'est une différence importante avec l'arrêt cardiaque de l'adulte. Chez l'enfant, l'arrêt est presque toujours d'origine respiratoire. Les 5 insufflations initiales, recommandées par la Croix-Rouge française et les recommandations ERC 2025, visent à réoxygéner rapidement le cerveau avant d'enchaîner les compressions thoraciques.

Un enfant qui reprend connaissance après une noyade est-il hors de danger ?

Non. La noyade secondaire peut survenir dans les 24 heures : de l'eau résiduelle dans les poumons provoque une inflammation et des difficultés respiratoires différées. Tout enfant ayant perdu connaissance ou présenté un arrêt respiratoire doit être examiné aux urgences, même s'il semble se remettre rapidement.

Comment mémoriser le rythme des compressions thoraciques ?

Pensez mentalement à "Stayin' Alive" des Bee Gees, à environ 103 battements par minute : ce rythme correspond à la plage recommandée de 100-120 compressions par minute. Pour un nourrisson de moins d'un an, utilisez deux doigts posés sur le sternum plutôt que la paume de la main.

Sources

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