Premiers secours enfant : les 6 urgences domestiques à gérer
Étouffement, brûlures, noyade, chutes, intoxication, convulsions : les bons gestes face aux 6 urgences domestiques les plus fréquentes chez l'enfant.
Les premiers secours enfant désignent l'ensemble des gestes immédiats qu'un adulte peut réaliser avant l'arrivée des secours pour limiter la gravité d'une urgence domestique.
Les accidents domestiques tuent un enfant de moins de 4 ans tous les deux jours et demi en France. C'est la première cause de mortalité chez les 1-4 ans, devant les maladies. Pourtant, seuls 20 % des Français connaissent les gestes qui sauvent. Ces six urgences reviennent le plus souvent : étouffement, brûlures, noyade, chute crânienne, intoxication et convulsions fébriles. Pour chacune, voici le bon geste, le signe d'alarme et ce qu'il ne faut pas faire.
L'essentiel
- Les accidents domestiques causent plus de 200 décès d'enfants de moins de 15 ans chaque année en France selon Santé publique France.
- Face à toute urgence : protéger d'abord, alerter le 15, puis secourir en suivant les instructions du régulateur.
- Ces gestes s'ancrent mieux après une formation pratique sur mannequin qu'après une lecture seule.
1. Étouffement : agir dans les premières secondes
Un enfant en train de s'étouffer ne peut plus crier, ni tousser efficacement, ni respirer. C'est une urgence absolue. Chaque seconde compte.
Pour un nourrisson de moins d'un an : tenir le bébé face vers le bas, la tête plus basse que le torse. Donner cinq tapes fermes entre les omoplates avec le plat de la main. Retourner l'enfant sur le dos et donner cinq compressions thoraciques avec deux doigts au centre de la poitrine. Alterner ces deux séquences jusqu'à ce que l'objet soit expulsé ou que l'enfant perde connaissance. C'est la manœuvre de Mofenson, recommandée par les référentiels français de secours.
Pour un enfant de plus d'un an : cinq tapes dans le dos, puis cinq compressions abdominales sous le sternum (manœuvre de Heimlich). Ne jamais utiliser la manœuvre de Heimlich sur un nourrisson : les compressions abdominales risquent de léser les organes internes d'un bébé.
Si l'enfant tousse encore fort : ne pas intervenir. Encourager la toux, qui est le mécanisme naturel le plus efficace pour expulser un corps étranger.
Appeler le 15 dès le début, même si les gestes libèrent le blocage. Le médecin régulateur confirme si une consultation s'impose.
Notre article dédié détaille chaque étape étape par étape, avec les positions exactes des mains : Bébé qui s'étouffe : les gestes qui sauvent.
2. Brûlures : refroidir sans glacer
Les brûlures par liquide chaud (café, soupe, eau du robinet à 70 °C) sont la première cause de brûlure chez les moins de 4 ans. La gravité dépend de la surface touchée, de la profondeur et de l'âge de l'enfant.
Le seul geste urgent est le refroidissement : faire couler de l'eau tempérée entre 15 et 25 °C sur la zone atteinte. Selon les recommandations de la Croix-Rouge française, ce geste stoppe la propagation de la chaleur dans les tissus, soulage la douleur et limite les lésions. La durée recommandée est de 10 à 20 minutes.
Précaution majeure chez le petit enfant : ne pas dépasser 10 minutes de refroidissement. La surface corporelle d'un nourrisson est proportionnellement grande par rapport à sa masse. Un refroidissement prolongé peut provoquer une hypothermie dangereuse. Si la brûlure est étendue, entrer dans la douche avec l'enfant pour maintenir le contact tout en le stabilisant.
Ce qu'il ne faut jamais faire : glace, eau glacée, beurre, huile, dentifrice, pommade grasse. Ces remèdes n'ont aucune efficacité démontrée et certains aggravent les lésions en maintenant la chaleur contre la peau.
Appeler le 15 immédiatement si : la brûlure dépasse la surface de la paume de la main de l'enfant, touche le visage, les mains, les pieds ou les organes génitaux, ou si la peau est blanche ou noire. En attendant les secours : couvrir avec un pansement ou un linge propre non pelucheux. Retirer les vêtements mouillés s'ils ne sont pas collés à la peau.
3. Noyade : les deux premières minutes
Un enfant peut se noyer dans 20 centimètres d'eau, en silence, en moins de deux minutes. Contrairement aux représentations, la noyade est rarement bruyante : l'enfant ne crie pas, ne se débat pas de façon visible.
Premier geste : sortir l'enfant de l'eau sans mettre sa propre vie en danger. Appeler le 15 ou le 18 pendant ou immédiatement après.
Si l'enfant est inconscient et ne respire pas : commencer la réanimation cardio-pulmonaire sans attendre les secours. Chez le nourrisson, débuter par cinq insufflations initiales, puis des cycles de 30 compressions thoraciques pour 2 insufflations. Chez l'enfant, même protocole, avec des insufflations adaptées à sa taille. Ne pas interrompre la RCP pour chercher son téléphone : demander à quelqu'un d'autre d'appeler.
Si l'enfant est sorti de l'eau et conscient : le garder au chaud, l'allonger sur le côté et surveiller sa respiration jusqu'à l'arrivée des secours. Une quasi-noyade, même brève, impose une consultation médicale. L'eau inhalée peut déclencher une détresse respiratoire différée, parfois plusieurs heures après l'incident.
L'été 2025 a compté 409 noyades mortelles en France, dont une large part chez les enfants, selon Santé publique France. La majorité des noyades de jeunes enfants surviennent en piscine privée, mais aussi dans les baignoires et les seaux d'eau. Notre analyse saisonnière détaille les règles de prévention : Noyades d'été : les règles à suivre.
4. Chute avec traumatisme crânien : surveiller longtemps
Les chutes représentent la majorité des accidents domestiques chez l'enfant. Un choc à la tête peut sembler bénin et se révéler grave dans les heures qui suivent.
Trois signes qui imposent d'appeler le 15 immédiatement :
- Perte de connaissance, même brève.
- Vomissements répétés (pas un seul épisode isolé, mais deux ou plus).
- Somnolence marquée : l'enfant difficile à réveiller, qui ne réagit plus normalement.
D'autres signes justifient une consultation aux urgences sans attendre : convulsion après la chute, écoulement de sang ou de liquide clair par le nez ou les oreilles, comportement inhabituellement agité ou au contraire apathique, raideur de la nuque.
Si la chute est grave (fenêtre, escalier, table à langer) : ne pas bouger l'enfant. Un traumatisme de la colonne cervicale est possible. Maintenir la tête dans l'axe du corps jusqu'à l'arrivée des secours. La mobilisation d'un enfant avec une lésion cervicale peut provoquer des séquelles motrices définitives.
Si l'enfant pleure immédiatement après la chute : c'est un bon signe (pas de perte de connaissance). Le surveiller de près pendant 12 heures. La nuit suivante, le réveiller doucement toutes les trois à quatre heures pour vérifier sa réactivité et s'assurer qu'il vous reconnaît.
Avant l'âge de la marche, le crâne est encore très malleable et les traumatismes peuvent évoluer de façon sournoise. En cas de doute, consulter aux urgences pédiatriques.
5. Intoxication : appeler avant de faire quoi que ce soit
Les centres antipoison ont reçu près de 105 600 appels pour des enfants de moins de 6 ans entre 2015 et 2020. Les produits ménagers sont la première cause d'intoxication accidentelle chez l'enfant, devant les médicaments. 85 % des cas surviennent avant 4 ans, selon l'ANSES.
Réflexe numéro un : appeler le Centre Antipoison (numéro unique : 0 800 59 59 59, gratuit, disponible 24h/24) ou le 15. Ne pas faire vomir sauf instruction explicite des secours. Si le produit est corrosif (eau de javel, déboucheur de canalisation, produit pour lave-vaisselle), le vomissement agrave les brûlures de l'œsophage.
Ce qu'il faut avoir sous la main avant d'appeler : le produit ingéré (flacon ou emballage), la quantité approximative, l'heure estimée d'ingestion, le poids et l'âge de l'enfant. Ces informations permettent au toxicologue d'évaluer rapidement la gravité.
Ce qu'il ne faut pas faire :
- Donner du lait (neutralise certains produits mais peut aggraver d'autres).
- Donner de l'eau ou de la nourriture sans avis du Centre Antipoison.
- Attendre l'apparition de symptômes pour appeler : certains produits, notamment les médicaments, agissent en différé.
En cas de contact cutané ou oculaire : rincer abondamment à l'eau tiède pendant 15 minutes et appeler le Centre Antipoison pour vérifier si une consultation est nécessaire.
6. Convulsions fébriles : position latérale et chronomètre
Les convulsions fébriles touchent entre 2 et 5 % des enfants entre 6 mois et 5 ans. Elles surviennent lors d'une montée rapide de la fièvre et se manifestent par des secousses involontaires des membres, des yeux révulsés et une perte de connaissance passagère. L'aspect est impressionnant. La grande majorité des crises se résolvent seules en moins de cinq minutes.
Les bons gestes, dans l'ordre :
- Allonger l'enfant sur le côté (position latérale de sécurité) pour éviter l'inhalation de salive ou de vomissements.
- Écarter les objets durs autour de lui.
- Déclencher un chronomètre dès le début de la crise.
- Ne rien mettre dans sa bouche, ni doigt, ni cuillère, ni médicament oral.
- Ne pas tenter d'immobiliser les membres par la force.
Appeler le 15 si : la crise dure plus de cinq minutes, une deuxième crise survient dans la même journée, l'enfant a moins d'un an, ou s'il ne reprend pas connaissance dans les minutes qui suivent la fin des convulsions.
Après la crise, l'enfant est souvent épuisé et s'endort. C'est un comportement normal : le cerveau récupère. Le maintenir sur le côté jusqu'à ce qu'il reprenne pleinement conscience. Consulter le médecin dans les heures qui suivent pour identifier l'origine de la fièvre.
Se former : la lecture seule ne suffit pas
Lire des gestes ne les ancre pas de la même façon que les pratiquer sur mannequin. La mémoire musculaire compte dans les urgences réelles.
Deux formations courtes existent pour les parents. L'IPSEN (Initiation aux Premiers Secours Enfants et Nourrissons), proposée par la Croix-Rouge française, dure 4h30 et couvre les gestes pratiques sur mannequin pédiatrique. Le PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1, 7 heures) est plus complet et inclut les urgences chez l'adulte. Ces formations sont régulièrement organisées en maternités, crèches et centres sociaux, souvent à faible coût ou gratuitement selon les communes.
Notre guide complet sur la sécurité des enfants à la maison détaille l'ensemble des dispositifs de prévention, du babyproofing jusqu'aux gestes d'urgence, pour que ces situations restent rares.
FAQ
Quels sont les numéros d'urgence à avoir sous la main pour un enfant ?
Les trois numéros essentiels sont le 15 (SAMU), le 18 (pompiers) et le 112 (numéro européen d'urgence). Le Centre Antipoison est joignable au 0 800 59 59 59, gratuit et disponible 24h/24. En cas de doute sur la gravité, le 15 oriente vers la réponse médicale adaptée.
Peut-on faire les compressions abdominales (Heimlich) sur un nourrisson ?
Non. La manœuvre de Heimlich est contre-indiquée chez les bébés de moins d'un an. Pour un nourrisson qui s'étouffe, on alterne cinq tapes dans le dos (tête vers le bas) et cinq compressions thoraciques : c'est la manœuvre de Mofenson. Le Heimlich est réservé aux enfants de plus d'un an et aux adultes.
Combien de temps faut-il refroidir une brûlure chez un enfant ?
La recommandation est de 10 à 20 minutes à l'eau tempérée (15-25 °C) pour un adulte. Chez le petit enfant, la durée est limitée à 10 minutes maximum pour éviter le risque d'hypothermie. Ne jamais utiliser de glace, de beurre ou d'huile. Appeler le 15 si la brûlure est étendue ou touche le visage.
Faut-il faire vomir un enfant après une intoxication ?
Non, jamais sans instruction explicite du Centre Antipoison ou du 15. En cas d'ingestion d'un produit corrosif, le vomissement aggrave les lésions de l'œsophage. Appeler le 0 800 59 59 59 en ayant le produit, la quantité et l'heure d'ingestion sous la main.
Sources
- Accidents de la vie courante chez les enfants de moins de 15 ans, Santé publique France, 2021
- Que faire en cas de brûlure, Croix-Rouge française
- Convulsions fébriles chez l'enfant, Ameli.fr
- Intoxications accidentelles de l'enfant, ANSES
- Surveillance des noyades durant l'été 2025, Santé publique France
- Accidents domestiques, Association des centres antipoison et de toxicovigilance